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Ouverture de la galerie Linz
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ISABELLE GRANGÉ
FORMATS D'HIVER
Olivier JUNG
DESSINS
PATRICK S. NAGGAR / 1/04 - 8/05/2010
KEN DENNING
Au début, le silence. La main plonge dans les pots posés à côté. Du rock, du blues, du liant jeté, des pigments purs semés à la volée. Alors le travail commence, non pas en séparation mais en rencontre, ce qui est réuni s’assemble définitivement, pas de retour possible. La spatule, la main, mélange, creuse, fouit, strie, lisse, gratte, encore un peu de poudre, beaucoup de liant. La lumière joue avec la matière et guide la main. La lumière révèle les espaces, les structures, amplifie les tons, le haut et le bas se dévoilent.
Le travail de Patrick Naggar s’effectue sur la toile posée à plat. Celle-ci est peinte en noir au verso, en blanc au recto. Le pinceau ne sert alors plus qu’à épousseter la toile de son surplus de matière.
Patrick Naggar sculpte, trace les portraits de la matière sur des formats Figure, file les lignes comme des horizons sur les rectangles allongés des formats Marine.
Le granuleux, le rugueux de la matière absorbe le pigment : noir, blanc, ocre, bleu. La maturation se fait dans la ténèbre. La matière, relâche ou pas la couleur et se transmue, sous l’effet des pigments enfouis, et devient veloutée, sensuelle. L’œil n’y peut rien, seule la main guide, accouche la toile. Tout s’organise à partir d’un élan situé au centre du corps. L’instinct sous le temps devient style. L’opération de teinture finit par saturation. Patrick Naggar laisse à nu, ce qui remonte des tréfonds : les failles, les cicatrices ouvertes, en surface. Éclats, écailles, soulèvements, manques, le non - fini, ce que l’on cache vient au centre. Le format figure ne se métamorphose pas en portrait.
Au retrait de l’eau, au séchage, la sédimentation laisse à nu des paysages originels, où la focale pointe et joue avec les points de fuite, parfois jusqu’à les pousser hors champ, agrandissement, devenant morceau hiératique, plaque abstraite.
Les œuvres de Patrick Naggar, paysages par excellence, ne sont pas des déserts, nous tendons la main, nous sommes happés, nous y sommes. Les paysages s’incarnent du poids de notre présence.
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