MAHÉ BOISSEL - JARDIN(s)

07 avril - 07 mai

Jardin à la Française, à l’Anglaise, à la Japonaise ou suspendu, le jardin est un espace privilégié.. Extérieur ou intérieur, il est un espace clos, jardin des secrets, celui des délices, et des désirs.

Image d’une enfance rêvée, à jamais révolue, d’un paradis perdu, dont seule la promesse d’ éternelle jeunesse, ou d’une Ile avec tout le confort sur les affiches de pub, nous invite à penser qu’un retour est possible.

Le jardin est lieu de nourriture, médicinal, d’amusement, fait pour se perdre et se retrouver.

Il peut  être aussi défensif, fait de ronciers impénétrables protégeant le sommeil de la belle au bois dormant.

 Il est ce qu’on ne peut saisir tout entier avec ses recoins ses cheminements sinueux et sa part d’ombre intense. Tout au fond, se niche la cabane où se retirer et se protéger du monde extérieur.

Le Jardin se met en scène : Là se jouent les semblants, les parades et le vrai.

Mahé Boissel nous invite en trois temps dans ses jardins jusqu’à son jardin intérieur.

Jardin impénétrable, dessins au trait en noir et blanc sur papier, légèrement rehaussés. Il est le jardin en hiver privé de ses couleurs. Il est rempart au regard et aux assauts de l’extérieur.

Il faut lui rendre ses couleurs pour s’y promener.

 

Le jardin est avant tout la couleur, ici à l’huile sur toile, par ce qu’il est exubérant et extraordinaire. Les plans se succèdent non pas dans une perspective euclidienne mais superposés dans la verticalité du tableau. Chaque plan relié par la couleur indique un état dans le temps de chaque position rêvée du jardin primitif. Procédé de l’image répétée et décalée chez Fragonard dans l’embarquement pour Cythère.

Qui rêve le jardin dans ces différents souvenirs ? Est - ce nous  extérieurs au tableau ou venant incarner chaque personnage à tour de rôle? Tout s’emboîte à la manière des poupées gigognes. Labyrinthe en volume, le jardin n’est clos que de sa propre histoire.

Le premier plan au bas du tableau franchi, chaque jardin s’ouvre, traversé par l’eau, un personnage étrange ou un animal. Les rôles tournent à chaque rêve et le désir circule.

Jamais, nous ne sommes assuré de détenir la même place.

Mahé Boissel brouille les cartes : le blanc de la toile devient couleur, le trait nerveux donne corps, la peinture éclabousse, se recompose, signifie les fleurs. Tout est semblant, parade et pourtant une vérité, sur le fil des compositions diagonales se fait jour, tisse chaque plan et relie le tout.

 

La troisième série nous présente des femmes traversées par des fleurs. Le jardin est au cœur du sujet étrange, étranger. Consentir à cette part qui prolifère en nous, celle qui nous échappe ; cette part d’ombre entre clôture et ouverture. Nous pensions pouvoir tout contenir et cela nous envahit : tout entre en nous et pousse sans attendre.

 

Mahé Boissel par l’urgence, la détermination de ses gestes, la justesse de sa position nous convie en ses jardins. Posons nous, prenons le temps des promenades ; saisissons l’offre que le jardin dévoile pour chacun dans le temps de regarder.


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